La cession et la reprise d’entreprise face au Covid-19

Par Liévin Iraguha, consultant reprise transmission
à l’Union régionale des Scop et Scic Auvergne-Rhône-Alpes

Vous l’imaginez, la crise sanitaire a eu des conséquences sur les projets de cession d’entreprise. Ne serait-ce qu’à l’Union régionale des Scop et Scic, 75% de nos dossiers en cours d’accompagnement ont été repoussés. De manière générale, la tendance est à la diminution d’offres de cession « in bonis » sur le marché.

Mais quelles en sont les raisons pour le cédant de l’entreprise ?

La pandémie a négativement impacté le chiffre d’affaires de nombreuses entreprises, plus ou moins sévèrement selon le secteur d’activité, tout en impactant de même leurs carnets de commandes.

Nous observons deux cas de figures :

  1. Pour les dossiers bien engagés avec des financements validés avant la pandémie, nous notons l’accélération de « closing ». Les cédants acceptent les nouvelles conditions liées à l’augmentation du risque pris par les repreneurs : renforcement des garanties et/ou allongement de la période d’accompagnement pour sécuriser les opérations ou le paiement en plusieurs fois.  Ici, la transmission interne aux salarié·e·s a été une solution particulièrement sécurisante pour les parties prenantes.

  1. Pour le reste, face à l’incertitude de cette crise sanitaire, la majorité de nos dossiers ont été suspendus dans l’attente d’une situation économique plus stable. La pandémie a particulièrement impacté les prix de cessions et la valeur de l’entrepris. D’un côté, face à la fonte de le leur trésorerie, les dirigeant·e·s revoient leurs priorités. De l’autre, les dettes financières augmentent et les échéances de remboursements sont suspendues. Dans ces conditions, certains cédants ont choisi d’attendre plutôt que de brader leur entreprise.

Par ailleurs, cette logique vaut également pour le repreneur, banques et autres financeurs, pour qui le risque est redéfini face à la pandémie.

« Faut-il reculer pour mieux sauter ? » Nous questionnent les cédants

C’est le moment d’anticiper et de préparer sa cession. La crise actuelle n’est pas structurelle mais, nous l’espérons, plutôt conjoncturelle. Autrement dit, un accident de parcours pourra aisément s’expliquer dans les comptes d’exploitation 2020. Il en va de même pour l’impact sur le bilan avec une baisse de fonds propres ou un endettement en hausse.

Il s’agit avant tout de penser à moyen et long termes pour préparer au mieux sa succession.

Du point de vue des repreneurs : « Doit-on tout arrêter et attendre les jours meilleurs ? Comment anticiper pour réussir la reprise des entreprises ? »

Il y a quatre mois, les repreneurs disaient de se mettre en « stand-by » et d’attendre « les soldes ». Toutefois, les cédants n’ont pas baissé leurs prix comme escompté, grâce aux soutiens mis en place : aides financières apportées aux entreprises, mesures de chômage partiel, report des charges, etc. En plus de cela, tout dépendra de l’impact réel de la crise sur les entreprises à moyen et long termes.

Dans le même temps, nous observons une baisse des procédures collectives préventives ou judiciaires, c’est-à-dire un net recul des déclarations d’entreprises sous la protection du tribunal de commerce de 40%1. Ce que nous craignons alors, c’est une déferlante de déclaration de cessation de paiement dans les prochains mois. Une situation qui pourrait conduire les tribunaux à prononcer, massivement, des liquidations judiciaires car l’heure ne sera plus à la prévention des difficultés. Pour les repreneurs dans l’attente, les bonnes affaires peuvent s’avérer être des cadeaux empoisonnés.

Par expérience, nous savons que reprendre une entreprise à la barre du tribunal de commerce sans être en interne ou du métier, sans avoir eu le temps de faire les audits d’acquisition classique, conduira fatalement à précipiter à la déchéance des entreprises qui fonctionnaient bien en dehors des difficultés conjoncturelles actuelles.

Tribunaux de commerce et administrateurs et mandataires judiciaires appellent ainsi les chefs d’entreprises à anticiper pour prévenir les difficultés2, et par là éviter une vague de dépôts de bilan difficile à gérer. Malgré toute notre volonté, nous ne pourrions faire les pompiers pour sauver tous ces emplois dans les temps impartis.

Pendant le confinement, cette expérience d’accompagnement m’a montré que certaines informations vitales dans la décision de reprise lors d’un plan de cession ne sont apparues que la veille de la date limite de dépôt des offre (DLDO)… Et ceci faute d’avoir pu réaliser l’audit en présentiel, rencontrer les équipes et les dirigeant·e·s. Si cela arrive une fois la reprise effectuée, ce qui devait être un projet collectif aurait pu tourner au cauchemar de toute une vie !

Encore une fois, poursuivez les démarches de reprise, peaufinez le projet, approfondissez les analyses de l’entreprise et du secteur pour anticiper une solution adaptée lors du rachat : cela constituera un avantage concurrentiel auprès des cédants ou du tribunal.

Rappelons-le, si le besoin en était, que le taux de pérennité des transmissions in bonis aux salarié·e·s est de 85,3% à 3 ans ! « Les hommes n’acceptent le changement que dans la nécessité, et ils ne voient la nécessité que dans la crise », Jean Monnet.

En quoi la reprise d’entreprise par les salarié·e·s à la barre du tribunal peut-elle être un atout dans cette période particulière ?

Nous pouvons distinguer deux cas de figure, sans en faire une généralité, dans la mesure où chaque projet est unique.

Dans le premier cas, l’entreprise à céder est suffisamment grande pour intéresser les acteurs traditionnels ou des repreneurs individuels. Ici, notre accompagnement s’inscrit dans le marché comme tout acteur expert du conseil en reprise-transmission.

Dans le deuxième cas, l’entreprise n’a pas la taille nécessaire pour attirer ces acteurs, le ou la dirigant·e doit alors posséder une compétence technique prononcée. Nous pouvons noter le cas des entreprises ancrées localement dans un territoire, avec des compétences et savoir-faire difficilement remplaçables ou délocalisables. Crise ou non, elles trouveront difficilement repreneur. La transmission interne peut alors s’avérer être la solution de sauvegarde de l’entreprise et des emplois en douceur, si l’opération est bien anticipée.

La crise que traverse notre pays apporte une difficulté supplémentaire, dans la mesure où les entreprises potentiellement repreneurs lors de croissance externe se retrouvent elles-mêmes avec leurs difficultés liées à la pandémie. Cette réalité accentue le risque de voir disparaître les entreprises et emplois de nos territoires.

La reprise par les salarié·e·s pour assurer la poursuite de l’activité :

Qui de mieux que les professionnels·elles du métier pour en assurer la continuité ? Les équipes et savoir-faire restent en place. Les perspectives et points de vigilance sont clairement identifiés pour un travail efficace. Et, au-delà du plan de reprise viable économiquement, nous devons nous assurer de la capacité des salarié·e·s-repreneur·e·s à entreprendre et gérer l’activité, par des formations et un management adapté.

Notre équipe spécialisée dans l’accompagnement d’entreprise, qui conseille et forme les équipes aux spécificités de l’opération, est toujours mobilisée pour vous accompagner à anticiper la réussite de la cession et reprise d’entreprise quelques soient les modalités de réalisation. Elle dispose également d’outils financiers dédiés qui facilitent l’opération.

1 « Le nombre de défaillances enregistrées sur les trois derniers mois restent inférieur de 40% à celui observé sur la même période en 2018-2019 ». stat info, Banque de France, Eurosystème du 16/10/2020